
Je voulais m’armer de toutes mes forces, désir et volonté, pour me fâcher sérieusement contre vous. Je ne voulais plus vous écrire, et vous prouver par là, que mes lettres peuvent se passer de cadre et de verre, pourvu qu’on trouve du plaisir à les recevoir. — Mais trêve là-dessus; vous êtes repentant — je jette bas mes armes et consens à tout oublier.
Vous êtes officier, recevez mes compliments. C’est une joie pour moi d’autant plus grande, qu’elle était inattendue. Car (je vous le dis à vous seul) je m’attendais plus tôt à vous savoir soldat. Vous conviendrez vous-même que j’avais raison de craindre et si même vous êtes deux fois plus raisonnable que vous ne l’étiez avant, vous n’êtes pas encore sorti du rang des polissons… Mais c’est toujours un pas, et vous ne marcherez pas à reculon, je l’espère.
Je m’imagine la joie de grand’maman; je n’ai pas besoin de vous dire que je la partage de tout mon cœur. Je ne compare pas mon amitié à un puits sans fond, vous ne m’en croirez que mieux. Je ne suis pas forte en comparaisons, et n’aime pas à tourner les choses sacrées en ridicule, je laisse cela à d’autres.
Quand viendrez-vous à Moscou?
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Quant au nombre de mes adorateurs, je vous le laisse à deviner, et comme vos suppositions sont toujours impertinentes, je vous entends dire, que je n’en ai pas du tout. . . . . . . . . .
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A propos de votre idéal. Vous ne me dites rien de vos compositions. J’espère que vous écrivez toujours, je pense que vous écrivez bien; avant vous m’en faisiez part sans doute vous avez des amis qui les lisent et qui savent en juger mieux, mais je vous garantis d’en trouver qui les liront avec plus de plaisir. Je m’attends qu’après cette sérieuse exorde, vous me composerez un quatrain pour ma nouvelle année.
