
Céréales killer
Roman agricole
Je suis sans nouvelles de moi.
Avant-Propos
JULIETTE
Dernier Chapitre
(servant en l'eau-cul-rance d'introduction à cette étrange histoire
Ce fut sans doute l'un des plus beaux matins du monde, puisque ce fut celui où IL mourut.
La lune, quand elle est pleine, et toi aussi, te fait penser à un cul, admets ? Eh bien, cette nuit-là, pas du tout. C'était une lune fielleuse, plus blanche qu'un lilas offert à une jeune tuberculeuse, zébrée de nuages noirâtres aux allures de crapauds, de vampires et de hiboux (lorsqu'ils n'ont rien à voir avec les joujoux, les bijoux et les sapajous). Une lune à laquelle aucun cinéaste n'aurait osé crever l'œil avec un obus par peur de voir surgir de l'orbite défoncée tous les personnages maléfiques hantant sa pensée. Une lune d'hiver, engendresse de froidure et de brumes. Elle projetait sur le sol cahoteux, chaotique et glacé de la petite commune de Saint-Jean-Nivers une pâleur bizarrement contrastée qui conférait à notre astre un aspect angoissant. Les branches squelettiques des pommiers du verger s'étaient chargées de givre et menaçaient de se rompre à tout instant, comme des cols de fémur dans un hospice pour génaires
Anatole Blondeau était agrippé au volant de son tracteur. Ses fesses débordaient de la selle de cuir comme les joues du regretté Louis-Philippe sur son jabot de dentelle. L'engin progressait dans la fantomatique blancheur du petit jour qu'accentuait la danse de ses phares. Le passage des pneus dans la gelée abandonnait une traînée baveuse d'escargot en balade sur un voile de mariée. Curieusement, ni la pétarade du moteur, ni le brinquebalis du tombereau ne semblaient troubler la quiétude de l'endroit.
