Je ne sais pas si tu connais ce plat japonais constitué de boulettes de riz vinaigré coiffées d'une tranche de poisson cru, qu'on trempe dans de la sauce soja moutardée ? Un plat ridicule comme deux judokas qui se saluent. Marie-Marie en raffole et Antoine aussi, ce petit couillon. Moi, je préférerais que tu me prépares un rat crevé en daube beaujolaise. Question de génération, peut-être, ou de culture. Pour ne pas désobliger la Musaraigne, je lui affirme qu'elle a eu l'idée du siècle. J'avale trois bouchées de riz en virgulant subrepticement poulpe, thon et daurade dans le pot du philodendron (il va lui pousser des écailles sur ses jolies feuilles vernissées) et m'injecte cinq décilitres de Kirin car ils savent copier la bière aussi bien que Vuitton et Cartier, les Bridés. Et puis, je prétends dans la foulée que le poisson cru me flanque le tricotin. Pour étayer mes dires, j'incite Marie-Marie à palper la courgette qui me pousse dans le calbute. Elle admet l'urgence de la situation. On bascule sur le canapé. Pas de gestes inutiles, on pare au plus pressé. Marie-Marie ne dégrafe que les trois boutons de braguette suffisant à autoriser le passage de mon ogive culéaire. D'un doigt en crochet j'écarte le fond de son string en dentelle et la jonction s'opère comme dans du velours. C'est à ce moment précis qu'Antoinette se met à pleurer à l'étage. La partie de radada est remise à une chatte ultérieure. Point positif, l'horrible poisson cru est devenu le cadet de mes sushis.


Un sursaut me réveille, à moins que ce ne soit l'éveil qui m'ait fait sursauter. La petite a bataillé longtemps contre sa canicule interne. On lui a administré de la Catalgine, on l'a plongée dans un bain rafraîchissant. On a même harcelé le pédiatre en plein coït, ça s'entendait à son souffle haletant et à ses doigts qui poissaient sur le combiné. On voulait être bien sûrs qu'Antoinette ne nous faisait pas un abcès de cerveau, une achalasie



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