Galant, son mentor l’aida à se dévêtir.

II

LE CALVAIRE D’UN MINISTRE ET L’ANGOISSE DU RÉGIME QU’IL SERT AVEC DÉVOUEMENT. APPEL PATHÉTIQUE AU TRÈS ILLUSTRE ET TRÈS BANDANT COMMISSAIRE SAN-ANTONIO

Son Excellence m’avait donné rendez-vous chez Finfin, un petit troquet des Gobelins, coincé dans une ruelle qui sentait le charbon mouillé et la peinture fraîche. Nous le fréquentions, jadis, en nos débuts professionnels. C’était un petit restau de six tables et un comptoir, encore recouvert de véritable zinc ouvragé. Les murs marronnasses fonçaient d’année en année et les quelques trophées d’obscures sociétés gymniques qui le décoraient se confondaient maintenant avec la tapisserie couleur de merde dure. Un fanion tricolore portant un sigle doré en son milieu dénaturait le drapeau français. A l’en croire, au lieu d’être bleu, blanc, rouge, nos couleurs étaient violet, jaune, marron. Le coquet établissement était géré par le père Finfin qui allait cahin-caha sur ses soixante-quinze balais.

Le bonhomme rouge de peau et blanc de poil ne se montrait que vêtu en bleu d’ouvrier. Son futal, sa limace, son tablier de caviste et les grosses veines de son nez étaient d’un même bleu intense, ainsi que le dessous de sa moustache gauloise qu’il mettait perpétuellement à macérer dans le vin rouge. Derrière le comptoir où il régnait, se trouvait une cuisine grande comme celle d’un F4, isolée de la salle par une vitre enfumée, à travers laquelle on voyait s’affairer Rirette, l’égérie du vieux, une gaillarde obèse boiteuse, affligée de la plus énorme poitrine du treizième arrondissement.

Cette personne, d’origine savoyarde, cuisinait des petits plats de grand-mère riches en cholestérol, mais agréables à déguster lorsqu’on était porté sur les abats, le gratin dauphinois à la crème et les salades frisées truffées de croûtons, d’œufs mollets et de lardons.



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