
Un policier en tenue noire fit signe aux gens de l’Opel de ne pas stationner. Le conducteur acquiesça. Il était jeune, avec le crâne rasé et une mâchoire rigoureusement carrée comme un tiroir. La peau de son crâne dénudé formait une tache blême, écœurante, qui ressemblait à une maladie du cuir chevelu.
Il obtempéra à l’injonction de l’agent et démarra très lentement. Mais il n’alla pas loin car, providentiellement, une fourgonnette de livraison déboîtait de la file ; il manœuvra pour prendre sa place.
Pendant ce temps, la grosse dame en rose abordait le flic.
— Scouez-me, per favor, do you sprechen français ? lui demanda-t-elle avec un sourire comme un sexe de jument en rut.
Le policier hocha la tête d’un air penaud, comme si on venait de le prendre en défaut. Il passait toutes ses vacances dans un goulag pour caravanes, sur la Côte d’Azur française, et y avait acquis de vagues rudiments de la plus belle langue du monde
— Je petit peu, fit-il en rougissant devant le regard avide de sa terlocutrice qui le trouvait seyant dans son uniforme à boutons d’argent.
— Pourriez-vous-t-il m’indiquer le marché aux Putes ? demanda l’épouse du ministre. J’sus de passage et j’voudrais pas rater l’spectac. On m’a dit qu’av’c le marché aux fromages, c’tait c’qu’avait de mieux.
Le flic eut du mal à comprendre ce qui lui était demandé. Il fronçait les sourcils et haussait les épaules par petites saccades pour exprimer sa perplexité. La rose passante entreprit alors de ponctuer par des planches en couleur.
— Vitrine ? You pigez ? Petit magasin ? Dedans jolies mademoiselles. Pétasses, vous voyez ?
Elle releva un côté de sa jupe jusqu’à la taille, exhibant au malheureux agent médusé un bas de soie vaste comme une hotte à vendange, maintenu par une jarretelle à fleurs. Au-dessus, continuait une formidable cuisse pleine de fossettes profondes, de cellulite bien ancrée, de vergetures marmoréennes et, de-ci, de-là, de grains de beauté velus.
