Elle s’est sérieusement égratigné l’épaule, se dit David dans son for intérieur. Évidemment, elle n’était pas entraînée pour une course pareille. Cobb nous a pris de court, tous les deux. Avec lui, il y a toujours des surprises.

Soudain, il revit l’expression d’Evelyn quand elle avait vu pour la première fois la colonie tout entière se déployer sous ses yeux. La récompense valait bien l’effort. Son étonnement, son émerveillement, son éblouissement… Oui, cela valait bien qu’il eût lâché son travail pour une journée. Mais pourquoi Cobb m’a-t-il fait jouer les guides ? J’étais presque sur le point d’avoir une vue d’ensemble, de comprendre où tout cela aboutit… et il m’oblige à perdre une journée à me promener dans les bois.

Evelyn observait le jeune homme à la dérobée. Il paraissait parfaitement détendu, parfaitement sûr de lui. Elle aurait voulu lui faire un croche-pied ou glisser un ver de terre dans sa chemise rien que pour voir comment il réagirait.

Il ne pense pas que ça en vaille la peine, méditait David. Il n’a jamais eu beaucoup d’estime pour le prévisionnisme mais c’est la première fois qu’il s’immisce dans mon travail. Pourquoi maintenant, alors que je suis presque arrivé à débrouiller l’écheveau des corrélations fondamentales ? Est-ce qu’il craint que je découvre quelque chose qu’il ne veut pas que j’apprenne ?

Maintenant, les arbres étaient davantage espacés. C’étaient surtout des pins avec, ici et là, quelques bouleaux au tronc argenté. Un parfum de résine imprégnait l’air. De temps en temps, des rochers gris et grêlés affleuraient à travers l’herbe épaisse. Quelques-uns arrivaient presque à hauteur d’épaule bien que la plupart fussent de dimension beaucoup plus modeste.

— Ils ont un drôle d’air, ces rochers.

— Comment ? fit David, brusquement interrompu dans ses réflexions.



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