
— On va bientôt arriver. (La gaieté de David ne faisait que l’exaspérer davantage.) Vous ne vous sentez pas plus légère ? La gravité dégringole très rapidement, ici.
— Non.
Elle ne se sentait pas assez sûre d’elle-même pour être plus explicite. Si elle lui disait ce qu’elle pensait réellement de ce bled, ils la réexpédieraient tambour battant sur la Terre par la première navette.
David marchait maintenant à sa hauteur. Le terrain s’était considérablement aplani et la progression était quand même moins pénible. Des buissons de la taille d’un homme poussaient de part et d’autre du sentier, pleins de fleurs énormes, grosses comme des citrouilles, qui éclataient de tous leurs rouges, de tous leurs orange, de tous leurs jaunes.
— Qu’est-ce que c’est que ces fleurs ?
La respiration d’Evelyn était redevenue presque normale. David plissa le front. Il émit un claquement de langue, les yeux fixés sur les fleurs.
Comme cicérone, il se pose un peu là ! Il me fait faire la visite guidée grand luxe et il ne sait même pas…
— C’est une forme mutante de l’Hydrangea commune, dit David en penchant curieusement la tête de côté comme s’il répétait les paroles de quelqu’un. H. macrophylla murphiensis. L’un des généticiens des premiers temps de la colonie dont le violon d’Ingres était la botanique a essayé d’inventer une nouvelle souche de fleurs de prestige qui n’auraient pas seulement des couleurs spectaculaires et inédites mais seraient aussi auto-pollinisantes. Il n’a que trop bien réussi dans son entreprise : pendant plus de trois ans, ses hydrangeas modifiées ont menacé d’envahir les terres arables de la colonie. Grâce à une équipe spéciale de biochimistes et de biologistes moléculaires, on est parvenu à confiner l’espèce en altitude à la pointe extrême du cylindre principal.
