Il récite ça comme un robot, se dit Evelyn.

David lui sourit et reprit sur un ton plus normal :

— Le jardinier amateur en question ne s’appelait d’ailleurs pas Murphy, à propos. Il n’a pas voulu que la nouvelle variation porte son nom et le Dr Cobb a baptisé cette plante d’après la loi de Murphy.

— La loi de Murphy ?

— Personne ne vous l’a expliquée ? « Si quelque chose doit mal tourner, ça tournera mal. » C’est cela, la loi de Murphy. Et, ajouta David d’une voix plus grave, c’est la première et la plus importante des règles qui régissent notre existence, ici. Si vous décidez de vous installer définitivement dans la colonie, rappelez-vous la loi de Murphy. Elle peut vous sauver la vie.

— Si je décide de m’installer ? répéta Evelyn. Parce que vous en doutez ? Enfin quoi ! on m’a admise comme résidente permanente, oui ou non ?

— Bien entendu, répliqua David avec toutes les apparences de la surprise et de l’innocence. Ce n’était qu’une manière de parler.

Il n’empêche qu’Evelyn s’interrogea : Qu’est-ce qu’il sait exactement ?

Ils se remirent en marche entre la double muraille de fleurs resplendissantes. Elles n’avaient pas beaucoup de parfum mais c’était autre chose qui tracassait Evelyn… quelque chose qui manquait.

— Il n’y a pas d’insectes !

— Pardon ?

— On n’entend pas de bourdonnements d’insectes.

— Les insectes sont rares à cette altitude. Nous avons des abeilles dans les champs cultivés, évidemment, mais nous n’avons pas ménagé notre peine pour ne pas être infestés par les nuisibles — les mouches, les moustiques porteurs de maladies. Il y a dans les profondeurs du sol des vers de terre, des scarabées et tout ce qui est nécessaire pour l’enrichir et maintenir sa fertilité, évidemment. Il faut beaucoup de bestioles pour que la terre soit féconde. Il ne suffit pas de faire de l’épandage avec la poussière lunaire. La Lune est stérile, c’est un astre mort.



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