— Il y a longtemps que vous habitez ici ? s’enquit Evelyn.

— J’ai passé toute ma vie sur la colonie.

— Vraiment ? Vous y êtes né ?

— J’y ai passé toute ma vie, répéta David.

Evelyn tressaillit imperceptiblement. C’est bien lui !

— Et ils vous ont affecté aux R.P. ?

— R.P. ? Qu’est-ce que ça veut dire ?

— Les relations publiques. Est-ce que vous ne savez pas…

— Ah bon ! (David lui sourit.) Non, je ne fais pas partie de la section relations publiques. D’ailleurs, il n’en existe pas en dehors du Dr Cobb lui-même.

— Alors, votre rôle consiste uniquement à servir de guide aux nouveaux venus ?

— Non. Je suis prévisionniste… enfin, j’essaye de l’être.

— Prévisionniste ? Au nom du ciel, qu’est-ce que c’est que ce métier ?

Mais elle cessa brusquement de penser à sa question. Ils venaient de négocier le dernier tournant du sentier et le panorama qui s’offrait soudain à sa vue lui coupait le souffle.

Ils étaient au sommet d’une haute colline. À cette altitude, il aurait dû y avoir du vent, mais s’il y en avait, Evelyn ne le sentait pas. Son regard embrassait toute l’étendue de la colonie.

Île Un.

Des terres fertiles, des successions de reliefs boisés, des ruisseaux sinueux, des clairières herbues, de petits bois, des bâtiments éparpillés ici et là, des lacs bleus miroitant au soleil. Evelyn avait presque l’impression qu’elle tombait, que le décor verdoyant qui s’étendait à perte de vue était un aimant qui l’attirait. Très loin, le paysage se confondait avec la brume. Elle distinguait le bouquet de tours d’un village, les voiles blanches de bateaux qui sillonnaient le plus grand des lacs. Là, un pont délicat enjambait une rivière, plus loin des ailes diaphane tournoyaient doucement dans l’air limpide. Dans les lointains bleutés s’étiraient des champs géométriques.



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