
Le camion s’arrêta finalement à Santa Rosa. David plaqua sa main sur la bouche de sa compagne assoupie pour étouffer une éventuelle quinte de toux lorsque les deux camionneurs ouvrirent la porte arrière et sortirent le cyclo. Il entraperçut une rue étroite au macadam craquelé, envahie par les herbes folles et bordée de maisons basses de stuc ou de béton, délabrées et encrassées. Ce n’est pas encore le terminus, se dit-il.
Il entrebâilla les battants et vit les routiers entrer avec la bécane dans la cantina qui faisait le coin. À travers les vitres noircies, il vit aussi un petit bonhomme noiraud qui avait une tête de fouine accueillir les deux hommes. Le plus athlétique s’installa au bar après avoir posé le cyclo debout contre le mur tandis que son camarade disparaissait dans la pièce du fond avec le patron. Il en ressortit au bout d’un moment, l’air radieux, et offrit une tournée générale. Il y avait six consommateurs, des hommes à l’air fatigué, qui acceptèrent avec le sourire l’offre de boire un coup à l’œil.
David aida Bahjat à descendre et à franchir les quelques pas qui les séparaient de la cantina. Elle était si faible qu’il devait la soutenir.
— Où… qu’est-ce que vous voulez faire ?
— Êtes-vous en état de vidéophoner à vos amis du F.R.P. ? lui demanda-t-il.
Les quelques mètres qu’il fallait parcourir jusqu’au bistrot étaient aussi longs qu’un kilomètre. C’était le début de l’après-midi et la rue était déserte. Un chien aboyait quelque part mais, en dehors de cela, le silence était total.
— Oui, répondit Bahjat d’une voix vacillante. Mais comment ?
— Chut ! Laissez-moi faire.
Quand ils poussèrent l’antique porte battante, tout se figea dans la salle. Personne ne fit un mouvement. Les conversations s’interrompirent brusquement et tous les regards convergèrent sur le couple.
David, tenant Bahjat par le bras, alla droit au patron qui s’était rassis devant une table au fond.
