À présent que David et Bahjat s’étaient assuré son indéfectible amitié, il passa quelques coups de téléphone, après quoi il les conduisit en personne à bord d’un vieux break poussiéreux, mais dont le moteur tournait rond, jusqu’à la petite piste raboteuse de Santa Rosa où les attendait un petit turboréacteur. Le pilote, un homme aux cheveux argentés, était déjà aux commandes en train de faire chauffer les moteurs.

David et le cabaretier aidèrent Bahjat à s’installer dans l’appareil, puis le second lança en haussant le ton pour dominer le hurlement des réacteurs :

— Vaya con dios ! Un docteur sera là quand vous atterrirez. Et soyez tranquille : mon téléphone n’est pas surveillé par la police.

Voilà que je remercie un truand de se livrer à des combines illégales ! songea David en secouant la main que l’autre lui tendait. Il monta à son tour et attacha la ceinture de Bahjat.

L’avion décolla en rugissant. Il trépidait si fort que David s’attendait presque qu’il se désintègre. Mais non ! Ça tenait bon.

Les deux jeunes gens étaient assis l’un à côté de l’autre derrière le pilote, un garçon bavard et souriant au visage poupin, aux mains puissantes et calmes, affecté d’une solide brioche. Le fauteuil du copilote était vide.

— J’ai commencé à voler à partir du moment où j’ai été assez grand pour voir au-dessus du manche à balai, commença-t-il sur un ton enjoué. J’ai été partout. Il suffit qu’on me paie et je prends l’air. Quelquefois, je vole même pour rien. Quand il y a un tremblement de terre, par exemple, et que des gens ont besoin de secours… du ravitaillement, des médicaments, des trucs comme ça.

David jeta un coup d’œil à Bahjat. Elle paraissait s’être endormie. Ses joues étaient toujours aussi enflammées. Elle avait une fièvre de cheval.

— Où allons-nous ?

— Au Pérou. Personne n’ira vous chercher là.

— Au Pérou, répéta David qui voyait en imagination des Incas et des conquistadores, des temples d’or couronnant d’inaccessibles pitons.



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