
En somme, cela avait un sens. Moins l’habitant du souterrain serait informé sur lui-même, et mieux cela vaudrait. « L’habitant du souterrain ne s’appartient pas », était l’axiome que l’on répétait depuis leur enfance aux habitants du Troisième niveau. Ces derniers n’avaient pas à chercher leur raison d’être, puisqu’elle était claire dès le début : élever son biofrère protéique, qui sera envoyé vers d’autres planètes, les préparer pour les futurs colons. L’homme ne supportera pas les formidables fluctuations de pression et de température, les orages magnétiques de millions d’œrsteds, les averses de positrons… et tant d’autres surprises désagréables du cosmos. Les manipulateurs ne seront pas d’un grand secours en l’occurrence parce qu’il est impossible de prévoir tout ce qui peut arriver. Et puis, ils coûtent assez cher. C’est une autre chose que les robots protéiques de quatre mètres de haut, érigés dans les tours de synthèse. Quoique, au bout du cours d’éducation, ils ressemblent beaucoup à l’homme, c’est, bien sûr. dans une tout autre argile qu’ils étaient pétris. Leur force et leur endurance étaient de loin supérieures à celles de l’homme.
Certes, dans le cosmos, des protéiques périssaient aussi, mais comme ils n’étaient pas des hommes, ni même des animaux, aucune des multiples sociétés de protection des animaux ne protestait.
En fin de compte, la destruction d’une machine, si sophistiquée et coûteuse soit-elle, est une chose inévitable lors de l’exploration des planètes nouvelles.
La population du Troisième niveau ignorait la vie privée. Tout était subordonné à une seule occupation, l’éducation des biofrères. La nuit, quand les hommes plongeaient dans un sommeil agité, leur cerveau, à l’aide d’appareils hypnopédiques, étaient remplis d’informations variées, des documentaires relatant des expéditions dans l’espace aux instructions sur la soudure des métaux dans le vide.
