
Les songes… C’était, semble-t-il, la partie la plus vivante de l’existence des habitants du Troisième niveau. Et, parfois, il leur était difficile d’établir où finissait le songe et où commençait la réalité. Que faire ? Les savants avaient depuis longtemps prouvé que dans son sommeil l’homme assimile mieux l’information.
La nuit passait, venait le matin, et, médiatisée par l’homme, l’information était transmise à son biofrère.
C’est que les biofrères ne pouvaient pas assimiler de manière critique l’information qui leur était transmise directement, par exemple sur microfilms. Ils l’enregistraient tout simplement, la retenaient comme une bande magnétique « mémorise » un motif mélodique. Or, tout homme, même le plus borné, ne fera pas qu’entendre et retenir même une mélodie primitive. Cette mélodie peut lui plaire ou lui déplaire, elle appellera inévitablement chez lui un enchaînement plus ou moins complexe d’associations d’idées, fussent-elles inconscientes, éveillera des souvenirs, inspirera des pensées, gaies ou tristes…
C’est ce qui manquait au protéique et c’est ce que l’homme seul pouvait lui donner.
Les habitants du souterrain étaient comme ces fourmis ouvrières qui mâchent la nourriture des reines. Mais ils n’en avaient pas conscience. Ceux d’en haut, tels des dieux, le savaient, eux.
Ayant donné au biofrère tout ce qu’il avait appris durant la nuit, l’habitant du souterrain oubliait aussitôt ce qui, il y a une heure encore, lui apparaissait avec des couleurs vives. Après que le biofrère eut « copié » l’information de son éducateur du souterrain, le cerveau de celui-ci redevenait net comme un tableau d’école essuyé. Le soir, ses cellules cérébrales étaient absolument vides.
Puis, la nuit tombait, et tout recommençait…
Ceux d’en haut organisèrent les choses de telle sorte qu’après la séance de communication avec le biofrère, l’homme devait oublier complètement ce qu’il avait vu en rêve la nuit précédente ; sinon, il se produirait, chose inadmissible, une confusion d’informations. Le cerveau protéique ne pouvait absorber l’information qu’à des doses strictement calculées.
