
Le protéique était agité et capricieux. Pendant toute la séance, il essaya d’attraper Kron. Et il fallait voir ses mains, elles étaient énormes. Kron vit lui-même des protéiques, au bout de leur cours d’éducation, faire un nœud à un rail d’acier sur ordre de l’opérateur… Mais il n’y avait personne à qui se plaindre. Demain, peut-être, le géant se calmerait.
— Voilà où tu es, mon petit.
Kron tressaillit. Il sentit la chaleur de la paume qui se posait sur sa main. Et le retour dans sa mémoire du visage oublié du Maître fut pour le garçon plus cher que pour Colomb, à bord de la Santa Maria, la vue de l’Amérique.
Cette fois, ils parlèrent longtemps.
Le Maître, enthousiaste, lui expliqua l’univers, les planètes et les étoiles. Kron saisissait chaque mot, s’efforçant de le retenir. Il sentait ses yeux se dessiller et les liens qui entravaient sa mémoire, se défaire.
— Chaque étoile est un immense soleil flamboyant, dit le Maître.
— Oui, je me souviens… J’ai fait un rêve, une fois… Un vaisseau… Je me trouvais dans le poste de commande… Et sur l’écran panoramique, une boule de feu hirsute…
— C’était le soleil.
— Mais je ne puis me rappeler rien d’autre…
— Certes, mais tu verras le soleil.
— Celui qui est de quartz ?
— Non, le vrai.
— Et toi, tu as vu le soleil, Maître ?
— Oui… il y a bien longtemps.
— Raconte, pria Kron.
— Il chauffe doucement. Et il brille tellement qu’on ne peut le regarder sans avoir mal aux yeux. Il est comme de l’or incandescent.
— L’or. J’ai vu de l’or incandescent. Je m’en souviens… J’ai vu en rêve l’extraction des métaux lourds que l’on trouve dans l’écorce de la planète. Sur le soleil aussi, il y a des hommes ?
— Non, la vie est impossible sur le soleil. Elle ne peut surgir que sur les planètes, corps célestes qui tournent autour de l’astre-mère. Nous autres aussi, hommes, vivons sur une planète qui s’appelle Elma.
