
Parfois alors, il lui parlait, en longues spirales de récit flou qui se dévidaient pour se joindre au bruit de la mer. Elle ne se livrait guère, mais il avait appris à apprécier le peu qu’elle disait et elle, toujours, le retenait. Et l’écoutait.
Une semaine passa, puis une autre. Le dernier jour, il s’éveilla dans la même chambre fraîche pour la retrouver à ses côtés. Durant le petit déjeuner, il crut déceler en elle un changement, une tension.
Ils prirent un bain de soleil, nagèrent, et dans le lit familier, il oublia la vague trace d’anxiété.
Dans l’après-midi, elle lui suggéra de descendre jusqu’à la plage, vers Barre, comme ils l’avaient fait le premier matin.
Turner retira le cache-poussière de la prise derrière son oreille et s’inséra une écharde de microgiciel. La structure de l’espagnol s’installa à travers lui comme une tour de verre, portes invisibles articulées sur le présent, le futur, le conditionnel et le plus-que-parfait. L’abandonnant dans la chambre, il traversa l’Avenida pour entrer au marché. Il acheta un panier d’osier, des bidons de bière fraîche, des sandwiches, des fruits et, au retour, une nouvelle paire de lunettes de soleil à un marchand sur l’Avenida.
Son bronzage était sombre et régulier. Le treillis rectangulaire laissé par les greffes du Hollandais avait disparu tandis qu’elle lui avait enseigné l’unicité de son propre corps. Les matins, lorsque son regard croisait les yeux verts dans le miroir de la salle de bains, ces yeux étaient bien les siens et le Hollandais désormais ne troublait plus ses rêves de ses mauvaises blagues et de sa toux sèche. Parfois, pourtant, il rêvait encore de fragments des Indes, un pays qu’il connaissait à peine, échardes brillantes, Chandni Chauk, l’odeur de la poussière et des pains frits…
