Agacé par ce manège, je la congédie d'un sourcillement mécontent.

— Dites, elle a du répondant, cette gosse ! clame mon visiteur, après l'avoir suivie d'un regard ultime jusqu'au torticolis.

Mon visage de bois le déconcerte. Suis-je jaloux ? Peut-être, mais d'une certaine manière. Les jolis cœurs m'agacent parce que je déteste les voir jouer un rôle que j'interprète (je pense) mieux qu'eux.

— C'est le skieur ou le flic que vous venez voir, doc ?

— Le détective !

Pour la première fois depuis son intrusion, son sourire disparaît entièrement. Enfin ! Je n'y tenais plus et m'apprêtais à y foutre le feu.

— Des ennuis ?

— Dans un sens, oui.

— Privés ou professionnels ?

Il a cette splendide exclamation d'homme né au soleil.

— Professionnels, heureusement ! Et le sourire revient, plus nuancé, mais d'une sérénité indiscutable.

— Eh bien, vous allez me raconter cela. Souhaitez-vous que nous demeurions en tête à tête ?

Il secoue négativement la tête :

— Monsieur (il montre Pinaud) ne me dérange absolument pas.

La Viellasse lui en décoche un sourire plein de chicots et de reconnaissance.

Un rien le fait content, mon César. Un sourire, une cigarette et il grimpe en mayonnaise.

— Bon, que je vous dise…

Chaque fois qu'un client va me déballer son historiette, j'éprouve un long frisson voluptueux le long de la raie médiane. Kif la première fois que j'ai hasardé ma dextre dans la culotte d'une petite fille. Je me remémore encore la scène. Ça se passait dans un grenier situé au-dessus d'un hangar à camions. Son papa était déménageur. Y avait un vieux canapé éventré, dans la partie la plus obscure du grenier. On était assis, l'un près de l'autre, sans rien dire. Ma tête bourdonnait. J'y voyais trouble et j'avais de la peine à respirer. J'osais pas oser.



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