Elle opine brièvement.

— Une tentative de vol, ça rentre selon vos critères dans les délits très graves, commissaire ?

— Je pense qu'on peut en absoudre votre pensionnaire.

— Merci. J'ai confiance en vous.

Toujours des petits préambules dans les cas délicats. Un confus marchandage. Faut promettre des choses, verser des arrhes, chipoter. Rien n'est simple !

Bon, elle va la cracher, son arête, la Miss Mademoiselle ?

Je ne puis m'empêcher de virguler une œillerie à ma montre. Pas poli mais éloquent. Une personne qui te bavasse dans les trompes, tu frimes ta tocante et la voilà qui pousse la manette des gaz.

— Imaginez-vous, commissaire, que mon petit Riton a voulu « repiquer » à la drogue, comme il dit. S'il m'en avait parlé, j'aurais pu lui acheter une ou deux lignes de coke pour calmer un peu sa triste fringale, mais non, le coquin n'a rien trouvé de mieux que de s'introduire par effraction dans une pharmacie pour y voler de la came !

— Ils sont nombreux dans son cas, soupiré-je.

Elle interprète ma réflexion comme la marque de mon absolution et opine avec véhémence.

— Et alors, mademoiselle de Saint-Braque, qu'en a-t-il résulté ?

— Quelque chose d'assez terrifiant, commissaire. Riton est allé au coffre où, généralement, les pharmaciens conservent les produits à haute toxicité et les drogues dures. Seulement, le garnement s'est trompé. II faut dire qu'il n'a rien d'un professionnel de la cambriole, heureusement. Il a pris pour le coffre en question le réfrigérateur de l'arrière-boutique, tout simplement parce que celui-ci fermait à clé. Riton s'était muni d'un passe-partout chipé au serrurier venu réparer la grande serre de mon potager. II a pu ouvrir sans peine le réfrigérateur en question. Et alors…

Là elle déglutit, Francine.



5 из 173