— Pardonnez-moi, lui dis-je, mais il est indispensable que nous ayons une conversation en tête à tête, ce jeune homme et moi. Vous voulez bien nous attendre dans la salle, au bout du couloir ?

Elle semble choquée d'être aussi catégoriquement shootée, néanmoins elle s'emporte sur ses talons plats. Le môme semble affolé de se retrouver face à moi. Je le fixe un instant sans grande urbanité. Ces jeunes connards paumés qui mettent leur vie en portefeuille me filent dans une rogne sombre, et j'aimerais pouvoir leur administrer autant de mandales qu'ils en méritent, mais ça ferait « bavure » et c'est ma pomme qui écoperait, en fin de compte…

Il se tient debout devant mon bureau, à se faire des nœuds aux doigts. Il a un tic qui le fait renifler toutes les dix secondes.

— T'as des parents ? l'à brûle-pourpoins-je.

Il est déconcerté, ne s'attendait pas à une question de ce type. Il acquiesce.

— Où demeurent-ils ?

— Flins.

— Et qu'est-ce qu'ils font ?

— Mon père travaille chez Renault, ma mère est à mi-temps dans une boucherie.

— Des frères et sœurs ?

— Une sœur.

— Pute ?

— Non, pourquoi ? Elle va encore à l'école.

— Et toi, tu faisais quoi avant de tomber ?

— Mécanicien.

— Pour quelle raison t'a-t-on emballé ?

— J'ai piqué la caisse d'un pompiste pot m'acheter de la came.

Tiens, c'est donc ça qu'elle appelle se faire arrêter pour trafic de drogue, la mère Francine de Saint-Braque ! Un peu indulgente avec ses protégés !

— C'est bien, la vie de château ?

Il danse d'un pinceau sur l'autre, puis opine.

— Oui, très.

— Tu y fais quoi, chez la mère de Saint-Braque ?

Il hésite, cherche, ne trouve pas et finit par chuchoter :

— Rien.

— Chouette occupation ! Vous êtes nombreux à suivre ces cours de « réinsertion » ?



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