Au-dessus de moi, rien que du bleu et de l’or; au-dessous, rien que de l’argent étincelant. Il était dix heures et quart; l’aiguille du barographe indiquait quatre mille deux cents mètres. J’ai continué mon ascension, les oreilles attentives au ronronnement du moteur, les yeux constamment fixés sur le chronomètre, le compte-tours, le niveau d’essence, la pompe à huile. Rien d’étonnant que les aviateurs soient considérés comme des gens qui n’ont peur de rien: ils ont à penser à tellement de choses qu’ils n’ont pas le temps de penser à eux-mêmes. C’est à ce moment-là que j’ai remarqué comme une boussole est peu digne de foi quand on dépasse une certaine altitude au-dessus de la terre. Le soleil et le vent, heureusement, me donnaient mes véritables coordonnées.


«J’avais espéré trouver une éternité de calme en prenant toujours plus de hauteur; mais au fur et à mesure que je grimpais, la tempête croissait, elle, en violence. Mon monoplan gémissait, tremblait dans tous ses rivets, se faisait balayer comme une feuille de papier quand je voulais virer, glissait dans le vent plus vite, peut-être, qu’aucun mortel n’avait jamais volé. Il me fallait redresser constamment l’appareil et louvoyer dans l’épi du vent, car je n’ambitionnais pas seulement un record d’altitude: d’après tous mes calculs, c’était au-dessus du petit Wiltshire qu’était située ma jungle de l’air; je perdrais donc le bénéfice de tous mes efforts si j’attaquais ailleurs les hautes couches de l’atmosphère.


«Je suis arrivé à six mille mètres aux environs de midi. Le vent était si violent que je regardais anxieusement les haubans de mes ailes; je m’attendais d’un moment à l’autre à les voir détendus ou rompus. J’avais dégagé le parachute derrière moi et je l’avais accroché à l’anneau de ma ceinture de cuir, afin d’être paré pour le pire. C’est dans des moments pareils qu’un travail bâclé par un mécanicien peut coûter la vie à un pilote! Mais l’appareil se comportait courageusement.



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