Ses cordages, ses supports bourdonnaient et vibraient comme autant de cordes de harpe; j’étais pourtant émerveillé de voir, comment, malgré les coups et les secousses qui lui étaient assénés, il poursuivait son entreprise de domination du ciel. Il faut qu’il y ait quelque chose de divin dans l’homme pour qu’il s’élève ainsi au-dessus des limites que le Créateur a paru lui assigner, et pour qu’il s’élève grâce à cette continuité désintéressée, héroïque, dont témoigne la conquête de l’air. On parle de dégénérescence humaine! Quand donc une histoire comparable a-t-elle été écrite dans les annales de notre race?


«C’est avec ces idées en tête que je poussais toujours plus haut mon avion; tantôt le vent me lacérait la figure, tantôt il sifflait derrière mes oreilles; la plaine de nuages au-dessous de moi avait pris ses distances; ses replis, ses boursouflures d’argent s’étaient fondus dans une platitude éblouissante. Mais tout à coup j’ai été victime d’un avatar sans précédent. Certes je savais déjà ce qu’il en coûtait de se trouver dans ce que nos voisins d’Outre-Manche appellent un tourbillon; mais à une échelle pareille je n’en avais jamais vu. Ce formidable fleuve de vent qui balaie tout contient, semble-t-il, des remous en son sein qui sont aussi terrifiants que lui-même. Sans le moindre avertissement, j’ai été happé brutalement par l’un d’eux. Pendant une ou deux minutes j’ai tourné en rond à une vitesse telle que j’ai failli perdre connaissance, puis je suis tombé, l’aile gauche la première, dans le trou de la cheminée centrale. Le vide m’a entraîné en chute libre, comme une pierre, pendant près de trois cents mètres. Je ne suis demeuré sur mon siège que grâce à ma ceinture: la secousse m’avait coupé le souffle et déporté à demi évanoui par-dessus le bord du fuselage. Mais (et c’est là mon grand mérite d’aviateur) je suis toujours capable de fournir l’effort suprême.



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