Il a ramassé le tout; trois feuillets malheureusement, dont les deux premiers, n’ont pu être retrouvés. L’ouvrier agricole a rapporté son butin à son maître; celui-ci, à son tour, l’a montré au docteur J. H. Atherton, de Hartfield. Ce gentleman s’est tout de suite rendu compte qu’une expertise était indispensable: le manuscrit a donc été remis à l’Aéro-Club de Londres, où il se trouve encore.


Les deux premières pages du manuscrit manquent. Une autre a été également arrachée à la fin du récit. Mais la cohérence de l’ensemble n’en souffre pas. On suppose que le début retraçait le palmarès de Monsieur Joyce-Armstrong; palmarès aisément reconstituable et qui demeure inégalé dans l’aviation anglaise. Pendant de nombreuses années Joyce-Armstrong a été considéré comme l’un des hommes volants les plus audacieux et les plus savants; cette combinaison de talents lui a permis d’inventer et d’expérimenter divers procédés auxquels son nom reste attaché. Tout son manuscrit est correctement écrit à l’encre, sauf les dernières lignes: griffonnées au crayon, elles sont presque illisibles; on dirait qu’elles ont été tracées en toute hâte sur le siège d’un avion en vol. Ajoutons que des taches maculent la dernière page et la couverture; les experts du ministère de l’Intérieur ont déclaré qu’il s’agissait de taches de sang, probablement d’un sang humain, à coup sûr d’un sang de mammifère. Le fait que l’analyse de ce sang ait révélé quelque chose ressemblant fortement au virus de la malaria (Joyce-Armstrong souffrait de fréquents accès de fièvre) est un exemple remarquable des armes nouvelles que la science moderne met entre les mains de nos détectives.


Un mot maintenant sur la personnalité de l’auteur d’un document qui fera époque. Joyce-Armstrong, si l’on en croit les quelques amis qui l’ont bien connu, était un rêveur et un poète autant qu’un inventeur et un technicien de la mécanique. Il avait dépensé la plus grande partie d’une fortune considérable pour satisfaire sa marotte de l’aviation.



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