
D’autre part l’accident survenu au lieutenant Myrtle l’avait déplorablement impressionné. S’attaquant au record d’altitude, Myrtle était tombé d’une hauteur d’environ dix mille mètres. Fait horrible: sa tête avait complètement disparu; cependant ses membres et tout le reste de son corps avaient conservé leurs formes originelles. Chaque fois que des pilotes se réunissaient, Joyce Armstrong demandait avec un sourire énigmatique: «S’il vous plaît, avez-vous retrouvé la tête de Myrtle?».
Un soir après dîner, au mess de l’école de pilotage de Salisbury, il avait provoqué un débat sur le thème suivant: quel est le plus grand et le plus constant des dangers des aviateurs? Après avoir écouté les opinions émises à propos des trous d’air, des vices de construction, des orages, il avait haussé les épaules en refusant de donner son avis personnel; mais il avait fait comprendre qu’il différait radicalement de ceux qu’il venait d’entendre.
Il n’est pas inutile de signaler qu’au lendemain de sa disparition, on a découvert qu’il avait mis ses affaires en ordre, avec une minutie qui autorise à croire qu’il pressentait la fin qui l’attendait.
Ces indications préalables étaient nécessaires. Je vais maintenant transcrire exactement le récit, tel qu’il figure à partir de la page 3 du carnet de notes ensanglanté.
«… Néanmoins, quand j’ai dîné à Reims avec Coselli et Gustave Raymond, force m’a bien été de constater que ni l’un ni l’autre n’avaient conscience de l’existence d’un danger particulier aux hautes couches de l’atmosphère.
