Dans ses hangars près de Devizes, il possédait quatre avions personnels et, au cours de l’année précédente, il n’avait pas pris l’air moins de cent soixante-dix fois. Il était souvent d’humeur sombre; en ces occasions il s’isolait et évitait tout contact avec la société. Le capitaine Dangerfield, qui était son compagnon le plus intime, affirme qu’en certaines circonstances son excentricité frisait la démence: n’avait-il pas l’habitude d’emporter en avion un fusil de chasse?


D’autre part l’accident survenu au lieutenant Myrtle l’avait déplorablement impressionné. S’attaquant au record d’altitude, Myrtle était tombé d’une hauteur d’environ dix mille mètres. Fait horrible: sa tête avait complètement disparu; cependant ses membres et tout le reste de son corps avaient conservé leurs formes originelles. Chaque fois que des pilotes se réunissaient, Joyce Armstrong demandait avec un sourire énigmatique: «S’il vous plaît, avez-vous retrouvé la tête de Myrtle?».


Un soir après dîner, au mess de l’école de pilotage de Salisbury, il avait provoqué un débat sur le thème suivant: quel est le plus grand et le plus constant des dangers des aviateurs? Après avoir écouté les opinions émises à propos des trous d’air, des vices de construction, des orages, il avait haussé les épaules en refusant de donner son avis personnel; mais il avait fait comprendre qu’il différait radicalement de ceux qu’il venait d’entendre.


Il n’est pas inutile de signaler qu’au lendemain de sa disparition, on a découvert qu’il avait mis ses affaires en ordre, avec une minutie qui autorise à croire qu’il pressentait la fin qui l’attendait.


Ces indications préalables étaient nécessaires. Je vais maintenant transcrire exactement le récit, tel qu’il figure à partir de la page 3 du carnet de notes ensanglanté.


«… Néanmoins, quand j’ai dîné à Reims avec Coselli et Gustave Raymond, force m’a bien été de constater que ni l’un ni l’autre n’avaient conscience de l’existence d’un danger particulier aux hautes couches de l’atmosphère.



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