Je ne leur ai pas dit tout à fait ce que j’avais dans la tête; mais j’ai procédé par allusions, et s’ils avaient eu des idées analogues aux miennes ils n’auraient pas manqué de les exprimer. Hélas, ces deux vaniteux sans cervelle ne pensent à rien d’autre qu’à voir leurs noms imprimés dans le journal! J’ai noté avec intérêt que ni l’un ni l’autre n’avaient volé beaucoup plus haut que sept mille, sept mille cinq cents mètres. Ce doit être carrément au-dessus de cette altitude que l’avion pénètre dans la zone de danger (toujours en supposant que mes hypothèses soient justes).


«Voilà plus de vingt ans que les hommes volent en avion; si quelqu’un me demandait pourquoi ce péril ne se révélerait qu’à présent, la réponse serait simple. Au temps des moteurs modestes, quand on estimait qu’un 100 CV Gnome ou Green suffisait à couvrir tous les besoins, les avions ne pouvaient pas dépasser certaines limites. Maintenant, les 300 CV sont la règle plutôt que l’exception, et les séjours dans les hautes couches de l’atmosphère sont devenus plus faciles, plus fréquents. Certains parmi nous se rappellent que, lorsque nous étions jeunes, Garros s’acquit une réputation mondiale en atteignant l’altitude de six mille mètres, et le survol des Alpes passa pour un exploit tout à fait formidable. Depuis, notre moyenne s’est considérablement améliorée, et il y a vingt vols en altitude là où jadis il n’y en avait qu’un. Certes, la plupart ont été effectués en parfaite impunité, et les dix mille mètres ont été atteints bien des fois sans autres obstacles que le froid et la suffocation. Mais qu’est-ce que cela prouve? Un visiteur pourrait descendre un millier de fois sur notre planète et ne jamais voir un tigre. Pourtant les tigres existent, et si par hasard notre visiteur se posait dans la jungle il pourrait être dévoré.



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