«Il faisait lourd et chaud pour un jour de septembre en Angleterre; la pluie menaçait. Des bouffées de vent soufflaient du sud-ouest; l’une d’elles, particulièrement violente, m’a pris au dépourvu et m’a brutalement déporté. Je me rappelle le temps où les rafales et les trous d’air représentaient de graves dangers, parce que nos moteurs manquaient de puissance. Juste au moment où j’ai atteint la couche de nuages, il s’est mis à pleuvoir; mon altimètre marquait mille mètres. Ma parole, quelle pluie! Elle tambourinait sur les ailes, me fouettait le visage, brouillait mes lunettes; je n’y voyais presque plus rien. Elle contrariait ma moyenne, mais qu’y faire? Pendant que je prenais de la hauteur, elle s’est transformée en grêle, et j’ai dû chercher à la contourner. L’un de mes cylindres ne fonctionnait plus: une bougie encrassée, sans doute; néanmoins j’ai pu continuer à grimper sans rien perdre de ma puissance. D’ailleurs peu de temps après, mon ennui mécanique a pris fin, et j’ai réentendu le vrombissement plein, profond des dix cylindres qui chantaient d’une seule voix en parfaite harmonie. Voilà où intervient le miracle de nos silencieux modernes: nous pouvons enfin contrôler nos moteurs par l’oreille. Quand ils ne tournent pas rond, comme ils crient, protestent, sanglotent! Autrefois tous ces appels au secours étaient perdus, engloutis par l’épouvantable vacarme de la machine. Ah, si seulement les pionniers de l’aviation pouvaient ressusciter pour admirer la perfection mécanique qui a été payée du prix de leur vie!


«Vers neuf heures et demie je suis arrivé tout près des nuages. Au-dessous de moi, toute brouillée et barbouillée de pluie, s’étendait la vaste plaine de Salisbury. Une demi-douzaine d’appareils se traînaient à trois ou quatre cents mètres d’altitude; on aurait dit des moineaux. J’ai eu l’impression qu’ils se demandaient ce que j’allais faire dans les nuages. Brusquement un rideau gris s’est étiré sous moi et des tortillons de vapeur humide ont dansé autour de ma figure.



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