VOLUMNIE. – Elle sortira, elle sortira.


VIRGILIE. – Non, en vérité, si vous le permettez, je ne passerai pas le seuil, jusqu’à ce que mon seigneur soit revenu de la guerre.


VALÉRIE. – Fi donc! vous vous renfermez sans aucune raison. – Allons, venez faire une visite à cette dame qui est en couche.


VIRGILIE. – Je lui souhaite le prompt retour de ses forces, et je la visiterai dans mes prières; mais je ne puis aller la voir.


VALÉRIE. – Et pourquoi, je vous prie?


VIRGILIE. – Ce n’est de ma part ni paresse, ni indifférence pour elle.


VALÉRIE. – Vous voulez donc être une autre Pénélope? Mais on dit que toute la laine qu’elle fila pendant l’absence d’Ulysse ne servit qu’à mettre la teigne dans Ithaque. Venez donc. Je voudrais que votre toile fût sensible comme votre doigt: par pitié, vous vous lasseriez de la piquer. Venez donc avec nous.


VIRGILIE. – Non, ma chère dame, excusez-moi; en vérité, je ne sortirai pas.


VALÉRIE. – En vérité, vous viendrez avec moi: je vous apprendrai d’heureuses nouvelles de votre époux.


VIRGILIE. – Oh! madame, vous ne pouvez pas encore en avoir.


VALÉRIE. – Je ne plaisante pas: on en a reçu hier au soir.


VIRGILIE. – Est-il bien vrai, madame?


VALÉRIE. – Sérieusement: je ne vous trompe pas. Ce que je sais, je le tiens d’un sénateur: voici la nouvelle. Les Volsques ont une armée en campagne; le général Cominius est allé l’attaquer avec une partie de nos forces. Votre époux et Titus Lartius sont campés sous les murs de Corioles: ils ne doutent pas du succès de ce siège, qui terminera bientôt la guerre. Je vous dis la vérité, sur mon honneur. – Venez donc avec nous, je vous en conjure.


VIRGILIE. – Excusez-moi pour aujourd’hui, madame, et dans la suite je ne vous refuserai jamais rien.


VOLUMNIE. – Laissez-la seule, madame: de l’humeur qu’elle est, elle ne ferait que troubler notre gaieté.



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