Amélie Nothomb


Cosmétique de l’ennemi

Cosmétique, l'homme se lissa les cheveux avec le plat de la main. Il fallait qu'il fût présentable afin de rencontrer sa victime dans les règles de l'art.


Les nerfs de Jérôme Angust étaient déjà à vif quand la voix de l'hôtesse annonça que l'avion, en raison de problèmes techniques, serait retardé pour une durée indéterminée.

«Il ne manquait plus que ça», pensa-t-il.

Il détestait les aéroports et la perspective de rester dans cette salle d'attente pendant un laps de temps pas même précisé l'exaspérait. Il sortit un livre de son sac et s'y plongea rageusement.

– Bonjour, monsieur, lui dit quelqu'un avec cérémonie.

Il souleva à peine le nez et rendit un bonjour de machinale politesse. L'homme s'assit à côté de lui.

– C'est assommant, n'est-ce pas, ces retards d'avion?

– Oui, marmonna-t-il.

– Si au moins on savait combien d'heures on allait devoir attendre, on pourrait s'organiser.

Jérôme Angust approuva de la tête.

– C'est bien, votre livre? demanda l'inconnu.

«Allons bon, pensa Jérôme, faut-il en plus qu'un raseur vienne me tenir la jambe?»

– Hm hm, répondit-il, l'air de dire: «Fichez-moi la paix.»

– Vous avez de la chance. Moi, je suis incapable de lire dans un lieu public.

«Et du coup, il vient embêter ceux qui en sont capables», soupira intérieurement Angust.

– Je déteste les aéroports, reprit l'homme. («Moi aussi, de plus en plus», songea Jérôme.) Les naïfs croient que l'on y croise des voyageurs. Quelle erreur romantique! Savez-vous quelle espèce de gens l'on voit ici?

– Des importuns? grinça celui qui continuait à simuler la lecture.

– Non, dit l'autre qui ne prit pas cela pour lui. Ce sont des cadres en voyage d'affaires. Le voyage d'affaires est à ce point la négation du voyage qu'il ne devrait pas porter ce nom. Cette activité devrait s'appeler «déplacement de commerçant». Vous ne trouvez pas que cela serait plus correct?



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