— Je t’écoute, dit Jason qui cherchait à prendre l’avantage.

D’habitude – pratiquement toujours en fait –, quand il avait affaire à une femme, il parvenait à être maître de la situation. En vérité, c’était même sa spécialité. Mais, aujourd’hui, il se sentait mal à l’aise. Elle ne disait toujours rien. Sa figure, sous le maquillage, était exsangue. Un véritable visage de cadavre.

— Tu veux une autre audition ? C’est ça ?

Marilyn fit signe que non.

— Bon. Dis-moi ce qu’il y a.

Il était las et embarrassé. Cependant, cela ne s’entendait pas dans sa voix. Il était beaucoup trop adroit, beaucoup trop expérimenté pour se trahir en lui laissant deviner sa gêne. Dans une confrontation avec une femme, il y a presque quatre-vingt-dix-neuf pour cent de bluff. Des deux côtés. Ce qui compte, ce n’est pas ce qu’on fait, c’est comment on le fait.

— J’ai quelque chose pour toi.

Marilyn fit demi-tour et disparut dans la cuisine. Il l’y suivit d’un pas nonchalant.

— Tu me reproches toujours le fiasco des deux…

Elle l’interrompit.

— Tiens…

Elle prit un sac en plastique sur l’évier, resta un moment immobile, la main levée, le visage toujours aussi pâle et rigide, les yeux exorbités, le regard fixe. Puis elle ouvrit le sac et, le balançant à bout de bras, revint prestement vers lui. Tout se passa trop vite. Instinctivement, Jason recula, mais trop tard et trop lentement. L’espèce d’éponge gélatineuse qu’était la callisto se colla à lui avec ses cinquante tubes suceurs s’ancrant dans sa poitrine. Déjà, il sentait les tubes sonder sa chair, son torse.

D’un bond, il ouvrit le placard supérieur, empoigna une bouteille de scotch à moitié pleine, en dévissa le bouchon d’une main maladroite et aspergea d’alcool la créature caoutchouteuse. Ses pensées étaient on ne peut plus lucides, transparentes. Sans paniquer, il resta immobile à inonder la chose de whisky.



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