— Le docteur a dit que quinze secondes plus tard, tu aurais succombé à ce qu’il appelle un viol somatique. C’est-à-dire la pénétration de cette chose en toi.

— Je l’ai tuée mais des suceurs sont restés. Il était trop tard.

— Je sais, le docteur me l’a expliqué. On t’opérera le plus vite possible. Ils réussiront peut-être à faire quelque chose si les tubes ne sont pas entrés trop profondément.

— J’ai réagi comme un chef, murmura Jason d’une voix éraillée. (Il ferma les yeux pour supporter la douleur.) Mais quand même pas assez vite. Pas tout à fait assez. (Rouvrant les yeux, il vit qu’Heather pleurait.) C’est si grave que ça ?

Il lui prit la main. Elle serra ses doigts et il sentit l’amour même d’Heather dans cette étreinte. Puis il n’y eut plus rien. Sauf la douleur. Rien d’autre que la douleur. Plus d’Heather, plus d’hôpital, plus d’infirmiers, plus de lumière. Et pas un son. C’était un instant d’éternité qui l’engloutissait complètement.

2

La lumière avait réapparu, transformant ses paupières closes en une aveuglante membrane rouge. Il ouvrit les yeux, souleva la tête pour regarder autour de lui, à la recherche d’Heather ou du médecin.

Personne. Il était seul dans la pièce. Une commode surmontée d’une glace fendillée, des murs gras auxquels étaient fixées d’affreuses appliques hors d’âge. Quelque part, à proximité, les braillements d’un poste de télé.

Ce n’était pas un hôpital.

Et Heather n’était pas auprès de lui ; son absence lui donnait un sentiment de vide total.

Bon Dieu ! Qu’est-ce qui est arrivé ?

Les élancements de sa poitrine s’étaient évanouis avec tant d’autres choses. D’une main qui tremblait, il repoussa la crasseuse couverture de laine, se dressa sur son séant et se gratta pensivement le front en s’efforçant de récupérer sa vitalité.



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