Les grands caciques qui s’étaient trompés du tout au tout dans leurs prévisions. Quarante-cinq ans plus tôt, quarante-cinq merveilleuses années plus tôt, quand le monde était jeune et que les gouttes de pluie s’accrochaient encore aux cerisiers japonais de Washington aujourd’hui disparus. Et cette odeur de printemps entêtante qui était le signe de cette noble expérience. Pendant une courte période, tout au moins.

— Si on allait à Zurich ? proposa-t-il.

— Je suis trop fatiguée, répondit Heather. En plus, cet endroit ne me plaît pas.

— La maison ?

Il était incrédule. Heather l’avait choisie pour eux deux et, depuis des années, c’était là qu’ils se réfugiaient… surtout pour échapper aux fans qu’elle exécrait tellement.

Elle soupira.

— La maison, les montres suisses, le pain, les cailloux, la neige sur les collines…

— Les montagnes, corrigea-t-il avec hargne. Eh bien, merde ! J’irai sans toi.

— Tu n’as qu’à y emmener quelqu’un d’autre !

C’était bien simple, il ne comprenait pas.

— Tu veux vraiment que j’y aille avec quelqu’un d’autre ?

— Toi et ton magnétisme ! Ton charme ! Tu pourrais traîner n’importe quelle fille au monde dans ton grand lit de cuivre. Non pas que tu sois bien dangereux une fois dedans.

— Seigneur ! s’exclama-t-il avec écœurement. Ça recommence. Toujours les mêmes vieux griefs. Et ceux auxquels tu tiens le plus, ce sont des griefs imaginaires.

Pivotant pour lui faire face, Heather reprit avec véhémence :

— Tu sais comment tu es, même à ton âge. Tu es beau. Trente millions de gens te dévorent des yeux une fois par semaine pendant une heure. Ce n’est pas ta voix qui les intéresse, c’est ton incurable beauté physique.

— Je peux te renvoyer l’ascenseur, répondit-il sur un ton caustique.

Il était fatigué et avait soif de retrouver l’intimité et l’isolement de la zone résidentielle qui attendait silencieusement leur retour à Zurich. C’était comme si la maison voulait qu’ils restent. Pas pour une nuit, pas pour une semaine mais pour toujours.



5 из 248