Ce matin-là, le monde commençait pour nous à s’émouvoir. L’opérateur de T.S.F. nous remit enfin un télégramme: deux pylônes, plantés dans le sable, nous reliaient une fois par semaine à ce monde:


«Courrier France-Amérique parti de Toulouse 5 h. 45 stop. Passé Alicante 11 h. 10.»


Toulouse parlait, Toulouse, tête de ligne. Dieu lointain.


En dix minutes, la nouvelle nous parvenait par Barcelone, par Casablanca, par Agadir, puis se propageait vers Dakar. Sur cinq mille kilomètres de ligne, les aéroports étaient alertés. À la reprise de six heures du soir, on nous communiquait encore:


«Courrier atterrira Agadir 21 heures repartira pour Cabo Juby 21 h. 30, s’y posera avec bombe Michelin stop. Cabo Juby préparera feux habituels stop. Ordre rester en contact avec Agadir. Signé: Toulouse.»


De l’observatoire de Cabo Juby, isolés en plein Sahara, nous suivions une comète lointaine.


Vers six heures du soir le Sud s’agitait:


«De Dakar pour Port-Étienne, Cisneros, Juby: communiquer urgence nouvelles courrier.»


«De Juby pour Cisneros, Port-Étienne, Dakar: pas de nouvelles depuis passage 11 h. 10 Alicante.»


Un moteur grondait quelque part. De Toulouse jusqu’au Sénégal on cherchait à l’entendre.

II

Toulouse 5 h. 30.


La voiture de l’aéroport stoppe net à l’entrée du hangar, ouvert sur la nuit mêlée de pluie. Des ampoules de cinq cents bougies livrent des objets durs, nus, précis comme ceux d’un stand. Sous cette voûte chaque mot prononcé résonne, demeure, charge le silence.



2 из 80