
– Pierre, explique-moi comment fait un arbre pour arriver tout seul dans un jardin.
Pierre haussa les épaules. Ça lui était complètement égal.
– Quelle importance? Les arbres se reproduisent. Une graine, une pousse, un surgeon, et l'affaire est faite. Ensuite, ça fait des grosses forêts, sous nos climats. Je suppose que tu es au courant.
– Ce n'est pas une pousse. C'est un arbre! Un arbre jeune, bien droit, avec les branches et tout le nécessaire, planté tout seul à un mètre du mur du fond. Alors?
– Alors c'est le jardinier qui l'a planté.
– Le jardinier est en congé pour dix jours et je ne lui avais rien demandé. Ce n'est pas le jardinier.
– Ça m'est égal. N'espère pas que je vais m'énerver pour un petit arbre bien droit le long du mur du fond.
– Tu ne veux pas au moins te lever et le regarder? Au moins cela?
Pierre se leva lourdement. La lecture était gâchée.
– Tu le vois?
– Bien sûr, je le vois. C'est un arbre.
– Il n'y était pas hier.
– Possible.
– Certain. Qu'est-ce qu'on fait? Tu as une idée?
– Pourquoi faire une idée?
– Cet arbre me fait peur.
Pierre rit. Il eut même un geste affectueux. Mais fugace.
– C'est la vérité, Pierre. Il me fait peur.
– Pas à moi, dit-il en se rasseyant. La visite de cet arbre m'est plutôt sympathique. On lui fout la paix et voilà tout. Et toi, tu me fous la paix avec lui. Si quelqu'un s'est trompé de jardin, tant pis pour lui.
– Mais il a été planté pendant la nuit, Pierre!
– Raison de plus pour se tromper de jardin. Ou bien alors, c'est un cadeau. Y as-tu pensé? Un admirateur aura voulu honorer discrètement ton cinquantième anniversaire. Les admirateurs sont capables de ces sortes d'inventions saugrenues, surtout les admirateurs-souris, anonymes et opiniâtres. Va voir, il y a peut-être un petit mot.
