
Mathias fit un petit signe de tête, comme un salut. Sophia le regarda et pensa que c'était en effet une bonne maison. Elle eut un soupir satisfait, ses yeux firent le tour de la grande pièce, carrelée, plâtrée, encore sonore car les meubles étaient peu nombreux. Les trois fenêtres hautes qui donnaient sur le jardin étaient en plein cintre. Ça ressemblait un peu à un réfectoire de monastère. Par une porte basse également voûtée, Lucien apparaissait et disparaissait avec une cuillère en bois. Dans un monastère, on peut tout dire, surtout au réfectoire, à voix basse.
– Puisqu'il a tout dit, cela me dispense de me présenter, dit Sophia.
– Mais pas nous, dit Marc, qui était un peu impressionné. Lui, c'est Mathias Delamarre…
– Ce n'est pas utile, coupa Sophia. Je suis confuse de déjà vous connaître mais on entend beaucoup de choses sans le vouloir d'un jardin à un autre.
– Sans le vouloir? demanda Lucien.
– En le voulant un peu, c'est exact. J'ai regardé et écouté, et même attentivement. Je le reconnais.
Sophia marqua une pause. Elle se demanda si Mathias comprendrait qu'elle l'avait vu depuis la petite fenêtre.
– Je ne vous ai pas espionnés. Vous m'intéressiez. Je pensais avoir besoin de vous. Que diriez-vous si, un matin, un arbre était planté dans votre jardin sans que vous y soyez pour quoi que ce soit?
– Franchement, dit Lucien, vu l'état du jardin, je ne sais pas si on s'en rendrait compte.
– Ce n'est pas la question, dit Marc. Vous parlez sans doute de ce petit hêtre?
– C'est cela, dit Sophia. Il est arrivé un matin. Sans un mot. Je ne sais pas qui l'a planté. Ce n'est pas un cadeau. Ce n'est pas le jardinier.
– Qu'en pense votre mari? demanda Marc.
– Ça l'indiffère. C'est un homme occupé.
