
– Vous voulez dire qu'il s'en fout complètement? dit Lucien.
– Pire que ça. Il ne veut même plus que je lui en parle. Ça l'agace.
– Curieux, dit Marc.
Lucien et Mathias hochèrent la tête.
– Vous trouvez ça curieux? Vraiment? demanda Sophia.
– Vraiment, dit Marc.
– Moi aussi, murmura Sophia.
– Pardonnez-moi mon ignorance, dit Marc, étiez-vous une cantatrice très renommée?
– Non, dit Sophia. Pas une très grande. J'ai eu mes succès. Mais on ne m'a jamais appelée «la» Siméoni-dis. Non. Si vous pensez à un fervent hommage, comme l'a suggéré mon mari, c'est une fausse route. J'ai eu mes admirateurs mais je n'ai pas provoqué de ferveurs. Demandez donc à votre ami Mathias, puisqu'il s'y connaît.
Mathias se contenta d'un geste vague.
– Un peu mieux que ça tout de même, murmura-t-il.
Il se fit un silence. Mondain, Lucien remplit à nouveau les verres.
– En fait, dit Lucien en agitant sa cuillère en bois, vous avez peur. Vous n'accusez pas votre mari, vous n'accusez personne, vous ne voulez surtout penser à rien, mais vous avez peur.
– Je ne suis pas tranquille, dit Sophia à voix basse.
– Parce qu'un arbre planté, continua Lucien, ça veut dire terre. De la terre en dessous. De la terre qu'on n'ira pas remuer parce qu'il y a un arbre par-dessus. De la terre scellée. Autant le dire, une tombe. Le problème ne manque pas d'intérêt.
Lucien était brutal et ne prenait pas quatre chemins pour dire son avis. En l'occurrence, il avait raison.
– Sans aller si loin, dit Sophia, toujours dans un murmure, disons que j'aimerais en avoir le cœur net. Savoir s'il y a quelque chose dessous.
– Ou quelqu'un, dit Lucien. Avez-vous une raison de penser à quelqu'un? Votre rnari? Affaires obscures? Maîtresses encombrantes?
– Ça suffit, Lucien, dit Marc. Personne ne te demande de donner la charge. Mme Siméonidis est venue ici pour une histoire de trou à creuser et pas pour autre chose. Restons-en là, si tu le veux bien. C'est inutile de faire des dégâts pour rien. Pour l'instant, il s'agit juste de creuser, c'est bien cela?
