Après la montagne de serments de Pierre sur les gradins d'Orange, Sophia s'était demandé comment abandonner Stelyos et elle avait moins bien chanté que d'habitude. Et sans attendre, ce fou de Grec n'avait rien trouvé de plus malin que d'aller se noyer. On l'avait repêché haletant, flottant dans la Méditerranée comme un imbécile. Adolescents, Sophia et Stelyos adoraient sortir de Delphes pour aller dans les sentiers avec les ânes, les chèvres et tout le truc. Ils appelaient ça «faire les vieux Grecs». Et cet idiot avait voulu se noyer. Heureusement, la montagne de sentiments de Pierre était là. Aujourd'hui, il arrivait à Sophia d'en chercher machinalement quelques cassons épars. Stelyos? Une menace? Stelyos ferait ça? Oui, il en était capable. Une fois sorti de la Méditerranée, ça lui avait donné un coup de fouet, et il avait gueulé comme un fou. Le cœur battant trop vite, Sophia fit un effort pour se lever, boire un verre d'eau, jeter un coup d'œil par la fenêtre.

Cette vue la calma aussitôt. Qu'est-ce qui lui était passé par la tête? Elle aspira un bon coup. Cette façon qu'elle avait parfois de bâtir un monde de terreurs logiques à partir de rien était exténuante. C'était, à coup presque sûr, un hêtre, un jeune hêtre sans aucune signification. Et par où le planteur était-il passé cette nuit avec ce foutu hêtre? Sophia s'habilla en vitesse, sortit, examina la serrure de la grille. Rien de remarquable. Mais c'était une serrure si simple qu'on pouvait certainement l'ouvrir en une seconde au tournevis sans laisser de trace.

Début de printemps. Il faisait humide et elle prenait froid à rester là, à défier le hêtre. Un hêtre. Un être? Sophia bloqua ses pensées. Elle détestait quand son âme grecque s'emballait, surtout deux fois de suite en une matinée. Dire que Pierre ne s'intéresserait jamais à cet arbre. Et pourquoi d'ailleurs? Était-ce normal qu'il soit à ce point indifférent?

Sophia n'eut pas envie de rester seule toute la journée avec l'arbre.



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