
Cette vue la calma aussitôt. Qu'est-ce qui lui était passé par la tête? Elle aspira un bon coup. Cette façon qu'elle avait parfois de bâtir un monde de terreurs logiques à partir de rien était exténuante. C'était, à coup presque sûr, un hêtre, un jeune hêtre sans aucune signification. Et par où le planteur était-il passé cette nuit avec ce foutu hêtre? Sophia s'habilla en vitesse, sortit, examina la serrure de la grille. Rien de remarquable. Mais c'était une serrure si simple qu'on pouvait certainement l'ouvrir en une seconde au tournevis sans laisser de trace.
Début de printemps. Il faisait humide et elle prenait froid à rester là, à défier le hêtre. Un hêtre. Un être? Sophia bloqua ses pensées. Elle détestait quand son âme grecque s'emballait, surtout deux fois de suite en une matinée. Dire que Pierre ne s'intéresserait jamais à cet arbre. Et pourquoi d'ailleurs? Était-ce normal qu'il soit à ce point indifférent?
Sophia n'eut pas envie de rester seule toute la journée avec l'arbre.
