
Il se tait, s’approche de moi, me met la main sur l’épaule. Je suis tout chose. C’est pas le genre de la maison, les mamours. Ma parole, il va m’acheter une sucette au caramel, le chef, s’il continue à s’attendrir de la sorte.
— San-Antonio, murmure-t-il, j’ai beaucoup d’amitié, d’affection même, pour vous. C’est pourquoi je suis peiné de vous charger d’une pareille besogne. Mais j’ai aussi une totale confiance en vous, et c’est à cause de cela que je vous demande de l’exécuter.
Comment qu’il s’exprime, le big boss, aujourd’hui ! Est-ce qu’il mijoterait pas, par hasard, de poser sa candidature à l’Académie française ?
Je ne peux pas m’empêcher de brusquer le mouvement.
— Dites, chef… Vous ne croyez pas que si vous me disiez ce dont il retourne, on y verrait tout de suite plus clair ?
Il tire sa montre.
— Il est midi, dit-il.
— C’était mon impression, je fais.
— A minuit, il faut que Wolf soit mort…
Je sursaute.
— Pardon ?
— Vous avez parfaitement entendu, ne me faites pas répéter des choses aussi désagréables à prononcer. A minuit, le poste de Wolf devra être à pourvoir, vu ?
Il a retrouvé ses gestes et son ton autoritaires. Plus question de pelotages, de trémolos. Il est net, précis.
Je me sens pâlir.
— Je vous demande pardon, chef, mais… Que se passe-t-il, il a fait le gland ?
— Wolf est un traître !
Je ne puis m’empêcher de demander :
— Vous en êtes sûr ?
Et c’est juste le genre de question qui rend le patron aussi doux qu’un tigre affamé. Il fait jouer ses mirettes et ses mâchoires se crispent.
— Votre question est déplacée, San-Antonio. Je ne vous permets pas de peser mes mobiles et de douter de mes décisions.
— Attrape ça ! je grommelle.
Son visage s’éclaire.
Il se radoucit comme la température au mois de mars.
