— Evidemment, vous devez être décontenancé… C’est hélas la vérité, mon vieux : Wolf trahit. Voici plusieurs mois que j’ai eu des rapports formels de nos services de contre-espionnage. Je lui ai tendu personnellement un piège pour le mettre à l’épreuve et il y est tombé. La preuve est faite. Mais je crains qu’il n’ait maintenant la puce à l’oreille. C’est pourquoi je suis pressé. Il faut que ce soit pour aujourd’hui !

Je m’offre une grimace qui ferait avorter une guenon.

— Moche, je murmure. Evidemment, si c’est un traître, il n’a pas de pitié à attendre. Mais…

J’hésite.

— Allez-y…

— Vous ne pourriez pas faire appel à la main-d’œuvre extérieure, chef ? Je vous demande pardon, vous allez encore dire que je me mêle de choses qui ne me regardent pas, mais je trouve tartignole de faire liquider Wolf par un gars de l’équipe…

Le chef caresse encore son crâne aussi chevelu qu’un boîtier de montre.

— Objection valable, admet-il. Seulement, comprenez un distinguo : ça n’est pas par un type de mon équipe que je fais liquider Wolf, c’est par un homme à la hauteur des circonstances. Or, il se trouve que cet homme se nomme San-Antonio et qu’il travaille dans mes services ; que voulez-vous que j’y fasse ? Je ne suis pas responsable du hasard !

Il a une façon de présenter les choses qui rendrait baba un ministre des Affaires étrangères.

— J’ai, reprend-il, à ma disposition, cinquante types capables d’en tuer un autre. Mais je n’en ai pas deux qui puissent éliminer Wolf de manière à ce que sa mort semble normale. Car il faut que Wolf disparaisse de la façon la plus naturelle. Evidemment, ce ne peut être que de mort violente, mais personne ne doit avoir des doutes sur les causes de cette mort, pas même ceux qui savent qu’il y a de fortes raisons pour qu’elle ait lieu… En deux mots : je veux que Wolf sorte de mon horizon, mais que les types qui le manœuvraient ne se doutent pas que nous y sommes pour quelque chose, vu ?



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