Au moment où je pousse la porte de sa caverne, il est occupé à se faire chauffer un reste de ragoût sur un réchaud à alcool.

— Ce qu’y a ? grogne-t-il en m’apercevant.

Il me reconnaît et laisse choir sa popote.

— Oh ! m’sieur le commissaire…

Il n’ose me tendre la main, et c’est une abstention méritoire, car, voyez-vous, une paluche pareille, même si vous étiez manchot, vous n’en voudriez pas !

Je m’assieds sur un sac de vieux chiffons.

— Alors, Nez-Creux, ça marche, le turbin ?

C’est le genre de question qui rend tout chose les gens comme lui. Il est très évasif.

— Ça tournaille, fait-il d’un ton prudent.

— Tu sais pas ce que je me suis laissé dire ?

— Les gens sont si méchants, balbutie Nez-Creux, qu’est-ce qu’on a encore pu baver sur mon compte ?

— Il paraît que tu fricoterais avec la Belgique ?

Il fait des efforts pour paraître indigné.

— Moi ! s’exclame-t-il.

— Oui, toi… Tu te lancerais dans l’exportation de la revue porno…

— Sans blague, on a dit ça !

— Sans blague… Et tu sais pourquoi on a dit ça ?

— Hmm ?

— Simplement parce que c’est vrai. Tu arrives à la gare du Nord avec deux énormes paquets de brochures. Tu te pointes longtemps avant le départ du train et tu planques des petits lots de revues sous les banquettes. Tu changes de compartiment. T’es paré pour passer la douane. A Bruxelles-Midi tu attends que les voyageurs soient descendus et tu fais la ramasse.

Il ne répond pas. Son ragoût brûle. Il ne songe même pas à éteindre le réchaud.

— Alors, Nez-Creux, qu’est-ce que tu dis de ça ?

— Les gens sont méchants, s’obstine-t-il à répéter.



6 из 127