J’habite dans un immeuble en brique de trois étages, à trois ou quatre kilomètres de chez mes parents. L’entrée donne sur une rue pleine de petits commerçants, et une cité pavillonnaire proprette s’étend à l’arrière.

Mon appartement est situé côté cour, au deuxième étage, et donne sur le parking. J’ai une chambre, une salle de bains, une kitchenette, et un salon-salle à manger. Ma salle de bains semble tout droit sortie d’une sitcom, et pour cause de restrictions budgétaires momentanées, mon mobilier pouvait être qualifié d’éclectique… un adjectif bien ronflant pour dire que tout est dépareillé.

En sortant de l’ascenseur, je tombai sur Mrs. Bestler, ma voisine du dessus, dans le couloir. Mrs. Bestler a quatre-vingt-trois ans et des insomnies. La nuit, elle erre dans les couloirs pour se dégourdir les jambes.

— Bonsoir, Mrs. Bestler. Comment ça va ?

— Comme ça peut. Apparemment, vous avez travaillé ce soir. Vous nous avez attrapé des voyous ?

— Non. Pas cette fois.

— C’est bien dommage.

— Demain est un autre jour, dis-je, ouvrant ma porte et me glissant à l’intérieur.

Rex, mon hamster, sprintait dans sa roue, ses pattounes formant un flou rosâtre. Je le saluai en tapotant sur sa cage en verre. Il s’arrêta momentanément, la moustache frémissante, ses yeux noirs et luisants agrandis, le regard en alerte.

— Comment va, Rex ? lui dis-je.

Rex ne me répondit pas. Il est du genre renfermé.

Je jetai mon sac à bandoulière noir sur le comptoir de ma cuisine et sortis une cuiller du tiroir à couverts. J’ôtai le couvercle de la boîte de glace et mangeai tout en écoutant mes messages.

Tous étaient de ma mère. Elle faisait un beau poulet rôti demain et ce serait bien que je vienne dîner. Je devais surtout ne pas être en retard car le beau-frère de Betty Szajack était mort et mamie Mazur voulait aller à la visite mortuaire à sept heures.



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