Mamie Mazur lisait la rubrique nécrologique comme si c’était les pages jeux du journal. Certaines communautés avaient leurs country clubs et leurs confréries. Le Bourg avait ses salons funéraires. Sans ses morts, la vie sociale du Bourg tomberait en panne sèche.

Je terminai la glace et posai la cuiller dans le lave-vaisselle. Je donnai à Rex quelques croquettes pour hamster et des grains de raisin, puis j’allai me coucher.

Je fus réveillée par le bruit de la pluie qui cognait contre la fenêtre de ma chambre et tambourinait sur le vieil escalier de secours en fer forgé dont un palier me servait de balcon. J’aime le bruit de la pluie, la nuit, quand je suis blottie au fond de mon lit. Le matin, je déteste.

Il me fallait aller de nouveau asticoter Julia Cenetta. Et aussi me renseigner sur la voiture qui était venue la chercher. Le téléphone sonna. Je tendis le bras vers le portable posé sur ma table de chevet en me disant qu’il était bien tôt pour que quelqu’un m’appelle. L’affichage numérique de mon réveil indiquait 7 : 15.

C’était mon copain flic, Eddie Gazarra.

— Salut, dit-il. C’est l’heure d’aller bosser.

— Tu te prends pour le service réveil ?

Gazarra et moi avions grandi ensemble. Il avait épousé ma cousine Shirley.

— Non, pour les renseignements. Mais je ne t’ai jamais appelée. Tu recherches toujours Kenny Mancuso ?

— Oui.

— Le pompiste sur qui il a tiré est mort ce matin.

Je bondis sur mes pieds.

— Que s’est-il passé ?

— Une deuxième fusillade. J’ai appris ça par Schmidty. Il tenait le standard. Un automobiliste a appelé pour dire qu’il avait trouvé le pompiste, Moogey Bues, dans le bureau de la station-service avec un gros trou dans la tête.

— Mon Dieu !

— J’ai pensé que ça pouvait t’intéresser. Peut-être qu’il y a un lien. Peut-être pas. Possible que Mancuso ait estimé que tirer dans la rotule de son pote n’était pas suffisant et qu’il soit revenu pour lui brûler la cervelle.



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