
Comme personne ne venait ouvrir, je fis un pas de côté et dégainai mon revolver. Procédure standard pour couvrir le coéquipier. Dans mon cas, c’était plus ou moins pour la forme. Je m’entraînais pieusement au stand de tir, mais, en vérité, la mécanique et moi, ça fait deux. Je nourris une peur irraisonnée à l’égard des armes à feu, et la plupart du temps, mon petit S & W n’est même pas chargé, pour éviter de me faire exploser les doigts de pied. La seule et unique fois où j’ai vraiment été obligée de tirer sur quelqu’un, j’étais si tourneboulée que j’en ai oublié de sortir mon revolver de mon sac à main avant d’appuyer sur la détente. Je n’étais pas particulièrement pressée de remettre ça.
Ranger frappa de nouveau à la porte, avec plus de force cette fois.
— Agence de cautionnement judiciaire ! cria-t-il. Ouvrez, s’il vous plaît !
Ce qui eut pour effet que la porte s’ouvrit, non sur Julia Cenetta ou Kenny Mancuso, mais sur Joe Morelli, un policier en civil des Services de Police de Trenton.
On se regarda tous en chiens de faïence pendant un petit moment, chacun étonné de voir l’autre.
— C’est ton 4x4 qui est dans l’allée ? finit par demander Ranger à Morelli.
— Ouais. Je viens de l’acheter.
Ranger hocha la tête.
— Belle bécane.
Morelli et moi sommes tous deux natifs du Bourg, un quartier ouvrier de Trenton où les ivrognes sont encore appelés des « clodos » et où seuls les homos vont se faire décalaminer le pot. Morelli avait, par le passé, maintes fois abusé de ma naïveté. Récemment, l’occasion m’avait été donnée de remettre les compteurs à zéro, et nous étions en ce moment en période de réévaluation, chacun essayant de trouver ses marques.
