J’avais sans doute raison de penser qu’il était trop tard pour que Kenny montre le bout de son nez, mais je me dis que je ne perdrais rien à rester encore un petit moment par acquit de conscience. Je refixai la capote de la Jeep de façon à être moins repérable, et m’enfonçai dans le siège pour attendre. C’était loin d’être une aussi bonne planque que le buisson d’hortensias, mais ça suffisait à mes buts. Si Kenny se montrait, j’appellerais Ranger avec mon portable. Je n’avais pas spécialement envie de procéder à l’arrestation en solo d’un type tombé pour agression à main armée.

Au bout d’une dizaine de minutes, un coupé passa devant chez les Cenetta. Je me recroquevillai dans mon siège et la voiture continua son chemin. Quelques minutes plus tard, elle était de retour. Elle s’arrêta et le conducteur joua du klaxon. Julia sortit en courant et s’engouffra à côté du chauffeur.

J’attendis qu’ils soient à quelques centaines de mètres pour démarrer, puis qu’ils aient tourné pour allumer mes phares. Nous étions aux abords du Bourg, dans une zone résidentielle de maisons individuelles à prix modéré. Il n’y avait pas de circulation, ce qui me rendait plus facilement repérable, aussi je gardai mes distances. Le coupé déboucha dans Hamilton Avenue et se dirigea vers l’est. Je le collai, resserrant l’écart maintenant que la route était plus fréquentée. Je maintins ma position jusqu’à ce que Julia et compagnie aillent se garer dans la partie non éclairée du parking d’un centre commercial.

L’endroit était désert à cette heure de la nuit. Impossible pour une chasseuse de primes fouinarde de s’y poster sans être vue. Je coupai mes phares et allai me garer à l’autre bout du parking. Je péchai ma paire de jumelles sur la banquette arrière et les braquai sur la voiture.



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