
Je crus que j’allais traverser la capote de ma Jeep en entendant soudain cogner à la portière de mon côté.
C’était Joe Morelli, trop content d’avoir pu me surprendre et me foutre une trouille bleue.
— Il te faut des infrarouges, dit-il, affable. Tu ne vas rien voir à cette distance dans le noir.
— Un : je n’ai pas d’infrarouges, et deux : qu’est-ce que tu fabriques ici ?
— Je t’ai suivie. J’ai bien pensé que tu guetterais Kenny encore un peu. Tu n’es pas très douée pour faire respecter la loi, mais t’as une veine de cocue et tu ne lâches pas plus une affaire qu’un pit-bull son os.
Pas vraiment flatteur, mais cent pour cent exact.
— Tu t’entends bien avec Kenny ?
— Je ne le connais pas beaucoup, répondit Morelli avec un haussement d’épaules.
— Tu voudrais rouler jusque là-bas et lui dire un petit bonjour ?
— Je ne voudrais surtout pas casser le coup de Julia, si ce n’est pas Kenny.
Nous regardions tous les deux le coupé et, même sans infrarouges, il était indubitable qu’il avait commencé à tanguer en rythme. Râles et gémissements se répercutèrent bientôt dans le parking désert.
Je ne savais plus trop quelle contenance prendre, mais fis comme si de rien n’était.
— Merde, fit Morelli, s’ils n’y vont pas mollo, ils vont bousiller les suspensions de cette petite auto.
Les soubresauts cessèrent, le moteur vrombit, les phares s’allumèrent.
— Mazette, dis-je. Ce fut rapide.
Morelli s’installa en cinq sec sur le siège passager.
— Elle avait dû commencer à lui faire une gâterie en chemin. Attends qu’ils soient sur la route avant d’allumer tes phares.
— Bonne idée, mais je fais comment sans phares ?
— T’es sur un parking. Y a rien à voir à part de l’asphalte à perte de vue.
