
San-Antonio
Dis bonjour à la dame
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Honorable lecteur, salut !
Et va te faire foutre.
Il y a plus long que les nuits. Que celle de Valpurgis, que celle sur le mont Chauve, que celle même des temps.
Plus long que les nuits sont les journées quand les journées restent vides et statiques, quand elles ne t’apportent rien d’autre que le temps qui s’écoule et les heures fatidiques de la bouffe et de la dorme. Elles ressemblent à des entonnoirs. T’as beau griffer les parois, tu chutes en spirale.
Ah, que non : l’attente n’est pas trompeuse. Elle est stratifieuse. Te minéralise lentement de son calcaire sournois.
Des jours qu’on est parés pour la manœuvre éventuelle. Qu’on espère un client. Au début, il y a eu cette espèce de griserie de l’emménagement. Tout y était neuf, pimpant, chatoyant dans nos magnifiques locaux champs-élyséens de la Paris Detective Agency. On remettait les tableaux bien droits contre les murs clairs. On regardait naître et s’évaporer nos empreintes honnêtes sur les chromes des meubles modernes ultra-pop-knoll-ma-bibite-vasarélo de course. On joujouait avec les gadgets sous prétexte de s’y familiariser. On baisait les envapantes secrétaires sur leurs burlingues sans travaux. C’était la fiesta du tout nouveau, la liesse inauguratrice, le tourbillon de l’entrée en jouissance, avec des parfums de liberté bandante, à user, à consacrer, à dissiper au plus vite car la liberté, c’est comme le pognon pour un prodigue : faut la claquer fissa, pas qu’elle rancisse. Regarde les peuples qui se délivrent de leurs tyrannies, la manière, que vite ils s’en enclenchent une autre, d’urgence, pour pas tituber de leur ivresse d’être affranchis. Pas se fatiguer d’être fibres. Leur acharnement à dare-dare créer une nouvelle férule, leur génie à la faire jaillir de là qu’on la soupçonnait pas. Comme ils provoquent habilement les volontés oppressives en léthargie, en ignorance d’elles-mêmes.
