On se disait : « les affaires vont affurer ». Une plaque comme celle qui miroite au bas de notre immeuble. La féroce campagne de pub dans tes grands hebdos et dans les postes périphériques. La gloire neuve, grandiloqueuse, dorée à la feuille de la Paris Detective Agency. Son slogan molto génial : « Une police ultra-moderne que vous pouvez acheter. » De moi ! Tout ça, tu penses, lecteur vénéré, que ça devait déclencher les foules, driver des catastrophes sur nos locaux, nous amener des secrets croustilleux, des histoires pas ordinaires, de celles qui mijotent au cœur des sociétés, qui emputrident doucement les bourgeoises masses peureuses.

On était sûrs, certains de son coup, nous ; la nouvelle ronflante équipe : Béru, Pinuche, Mathias, deux secrétaires du corps auxiliaire et aux corps principaux. On s’était refringués à mort, tête aux pieds, sans se concerter, manière de se ravaler pour figuer dans cet antre fabul. Qu’on soye bien beaux, tout frais et reniflant bon. Pinuche s’était fait refaire son dentier. Béru portait du sur mesure et ressemblait de ce fait à un notaire loqué en confection. Nos gentilles gonzesses : Maryse et Claudette, arboraient deux tenues identiques qui constituaient une espèce d’uniforme : jupe bleu marine, corsage rouge garibaldi frappé de l’écusson de l’agence « P.D.A. » sur fond d’Arc de Triomphe stylisé. Bioutifoule en plein…

Et dis, ô lecteur apprécié : mon burlingue. T’aurais vu ! Charogne, ce luxe ! Une table en verre fumé et acier chromé au plateau épais comme mes z’œuvres reliées peau de burnes. Murs beige pâle, canapé bleu pâle. Fauteuils de cuir blanc vif. Des aquarelles aux murs, et mieux que les aquarelles, une baie plus choucarde que l’abbé des Anges ou le bey de Tunis puisqu’elle donne en plein Champs-Zé. L’attirail sur ma table de travail, t’aurais maté ça ! Impressionnant comme le poste de pilotage d’un Concorde. Et des livres sur les rayons invisibles d’une bibliothèque suspendue. De grande beauté. Pas de ceux qu’on lit, oh que non : des vrais, bien superbes. De ceux qu’il faut pas toucher sous peine de leur ternir l’impeccablerie. D’ailleurs, à part mes polars, le prix Goncourt et le Michelin, les bouquins ne sont pas faits pour être lus.



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