« Pourquoi diable ne vous dit-il pas son nom, et qu’attendez-vous pour le lui demander ? »

Je pique une noire rognerie. Ainsi, il faut que le Vieux (qui reste en liaison phonique avec l’agence continuellement), vienne me foutre son saumâtre grain de sel d’emblée ! Il tient à établir son autorité occulte d’emblée, pas que je m’envoie à la tête de Paris Detective ! Bougre de sagouin, crocodile, négrier !

— Puis-je savoir votre nom, monsieur ?

— Inutile.

— Manque de confiance ?

Il me regarde gravement. Je lui trouve l’air fatigué. On dirait un vieux mâle qui en a quine de charrier sa vie et qui mourrait volontiers un peu, histoire d’avoir un prétexte pour se reposer.

A cet instant précis, comme on écrit dans les vrais romans policiers qui ont du corps (à la morgue) et le sang sur l’évier, mon bigophone intérieur ronronne. Ça fait le bruit menu et ronflant d’un toton lancé à toute vibure.

Je décroche. C’est Mathias.

— Patron ?

— Hmm ?

— Votre client s’appelle Hans Kimkonssern. Il est allemand et appartenait aux services de contre-espionnage nazis. Il a passé une partie de la guerre à Lisbonne. A la Libération, un tribunal allié l’a condamné à mort par contumace. Il avait eu le temps de s’expatrier en Uruguay et il vit depuis lors à Montevideo sous la fausse identité de Pietro Cavalo.

Je suis soufflé par la fulgurance du Rouquin.

— Chapeau. Tu n’aurais pas l’âge de sa concierge pour le même prix ?

Mathias rigole et raccroche.

Ce petit intermède, ô mon Lecteur de conneries, pour te signaler la couleur de notre boîte. Chaque client, pendant qu’il poireaute au salon, est flashé à son, tu sais quoi ? Insu ! Ses empreintes sont prélevées sur la sonnette de cuivre (toujours astiquée après une visite) et Mathias opère des recherches en catastrophe, vérifie le « papier » de l’arrivant, s’il en a un. Pour notre premier clille, t’avoueras qu’on tombe pile sur un zoizeau rare. C’est bon signe.



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