
— Belle installation, complimente-t-il.
— Merci.
— On sent que tout cela est fonctionnel, n’est-ce pas ?
— Cela s’efforce en effet de l’être, monsieur ?…
Il feint de ne pas entendre mon implicite question. Tend le cou pour examiner une aquarelle de Folon accrochée derrière moi.
Je pianote mon bureau pour me calmer les nerfs, leur laisser une petite soupape libérateuse. La perte d’un pucelage, cette visite. Comme il continue de mater l’aquarelle, je murmure.
— C’est un Folon.
— Je ne connais pas, car je viens d’assez loin, mais c’est excellent.
— Et puis c’est très mode, ajouté-je.
Mon visiteur repose sur son fauteuil les quarante centimètres carrés de cul qu’il en avait décollés.
— Vous fûtes de la police… officielle, aux dires de votre plaque ? me demande-t-il.
L’instant du rengorgement est venu. Dans notre job (le nouveau) faut rouler un peu les mécaniques pour s’imposer.
— J’ai été, pendant plus de dix ans, commissaire spécial et je serais devenu le grand patron de la Police Française si celui qui occupe le poste présentement n’avait craint que je sois pressé. Un grave différend nous a opposés
— A l’heure actuelle, vous êtes donc vraiment privé ?
— De bas en haut, cher monsieur… heu… ?
Il est fermement décidé à ne pas se nommer. Et tous mes points suspensifs ou interrogateurs n’y changeront rien.
— Si bien, enchaîne-t-il, que tout ce que je pourrais être amené à vous confier resterait secret, n’importe la gravité de ces confidences ?
— Cela va de soi…
Maintenant, ô Lecteur avisé de mes deux, il convient que je te précise quelque chose qui mérite d’être signalé. Devant moi, sur le bureau de verre, se trouve un calendrier électronique. Soudain, la date qu’il indique s’efface d’enchantement, proposant un petit écran rectangulaire. L’écran ne demeure pas vide longtemps. Des lettres s’y bousculent, s’y alignent, composant des mots.
