Seulement mes cordes vocales ont leur petite vie à elles.

— A d’autres, mon gars, lui dis-je donc, à d’autres ! Je veux être pendu si tu es un cochon de terrien. (Et, après avoir remarqué sa façon précautionneuse de lever son verre qui trahissait l’accoutumance à une gravitation plus faible que la terrestre :) D’ailleurs je suis prêt à parier que tu as bu plus souvent sur Mars que sur Terre.

— Pas si fort, voyons !… D’ailleurs, pourquoi serais-tu si sûr ? Tu ne me connais pas, non ?

— Pardon, excuse ! Vous pouvez être ce que vous voudrez, mais vous ne pouvez pas m’empêcher d’avoir des yeux. Je me suis rendu compte dès votre entrée ici.

— Ah ! comment ça ?

— Ne vous cassez pas la tête. Personne d’autre n’a vu. Mais moi, je vois ce que les autres ne voient pas. (Là, je lui tends ma carte, avec un peu de manière, et je dis :) Il n’y a qu’un et un seul Lorenzo Smythe, le grand Lorenzo en personne, Pantomime et Mimique Artistique, l’Homme Orchestre du Théâtre !

Il lit ma carte, la glisse dans sa poche. Ce qui m’ennuie. Ces cartes coûtent chaud… de la vraie imitation de gravure à la main !

— Oui ! je vois ce que vous voulez dire, me répond-il ; mais qu’est-ce qui cloche dans ma façon de me conduire ?

— Je vais vous montrer ça. Je marcherai jusqu’à la porte comme un cochon de terrien et je reviendrai en marchant comme vous.

Ce que je fis. En revenant, je donnai une version légèrement exagérée de sa façon d’avancer afin de permettre à son œil non entraîné de bien se rendre compte : pieds traînés légèrement comme si le sol avait été le pont, poids du corps porté en avant et balancement des hanches, mains tendues séparées du corps, prêtes à saisir quelque chose au cas où ce serait utile.



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