
— Tu as quel âge ? demanda le cheval.
— Chais pas.
— L’âge d’avoir du bon sens, alors.
— Ouais. D’accord. »
Cohen s’alluma une nouvelle cigarette et toussa à s’en faire monter les larmes aux yeux. « Tu te ramollis du cerveau !
— Ouais.
— Donner ta dernière piastre à un troll !
— Ouais. »
Cohen souffla un filet de fumée asthmatique vers le soleil couchant.
« Pourquoi ? »
Cohen contempla le ciel. Un ciel au rougeoiement aussi froid que les pentes de l’enfer. Un vent glacial balayait les steppes, fouettait ce qui lui restait de cheveux.
« Pour garder les choses telles qu’elles devraient être, répondit-il.
— Hah !
— Pour garder les choses qui ont été.
— Hah ! »
Cohen baissa les yeux.
« Et pour trois adresses. Un jour, je vais mourir, dit-il, mais pas aujourd’hui, je pense. »
* * *
Le vent qui soufflait des montagnes charriait de fins cristaux de glace. Il faisait trop froid pour neiger. Par ce temps-là, les loups descendent dans les villages, les arbres au cœur de la forêt éclatent sous le gel. Sauf qu’il y a désormais de moins en moins de loups et de moins en moins de forêts.
Par ce temps-là, les gens sensés restent chez eux au coin du feu.
À se raconter des histoires de héros.
