
« Pardon, fit-il.
— Pas grave. Y a des bouts qui tombent sans arrêt, i’vous ai dit. »
Cohen se retourna. « Qu’est-ce qui s’passe ? Je me souviens de toutes les grandes guerres d’autrefois. Pas toi ? T’as dû te battre aussi.
— J’portais un gourdin, ouais.
— On était censés se battre pour un avenir radieux, des lois et tout l’bazar. A ce qu’on prétendait.
— Ben moi je m’suis battu parce qu’un gros troll avec un fouet me l’a ordonné, fit prudemment Mica. Mais je vois ce que vous voulez dire.
— J’veux dire que c’était pas pour des fermes et des épicéas. Hein ? »
Mica baissa la tête.
« Et moi qui suis là avec mon pont minable. Vraiment je suis gêné, dit-il, vous avez fait du chemin et tout…
— Et il y avait un roi ou un autre, poursuivit distraitement Cohen en regardant l’eau. Et des mages, il me semble. Mais il y avait un roi. J’en suis à peu près sûr. L’ai jamais rencontré. Tu sais quoi ? »
Il fit un grand sourire au troll.
« Je retrouve pas son nom. J’crois qu’on me l’a jamais dit. »
* * *
Une demi-heure plus tard, le cheval de Cohen émergea des bois sombres et s’engagea sur une lande désolée battue par le vent. Il chemina péniblement un moment avant de demander :
« Bon… combien tu lui as donné ?
— Douze pièces d’or, répondit Cohen.
— Pourquoi tu lui as donné douze pièces d’or ?
— C’est tout ce que j’avais.
— Tu dois être fou.
— Quand je me suis lancé dans la carrière de héros barbare dit Cohen, chaque pont avait son troll en dessous. Et on pouvait pas traverser une forêt comme celle d’où on sort sans qu’une dizaine de gobelins essayent de vous couper la tête. » Il soupira. « Je me demande ce qui leur est arrivé.
— Toi, fit le cheval.
— Bon, d’accord. Mais j’ai toujours cru qu’il y en aurait d’autres. J’ai toujours cru qu’il y aurait d’autres lisières.
