— Qui enchérissait sur toi, à ton avis ? » fit le cheval.

Cohen le Barbare restait adossé à l’arbre. Il n’était pas sûr de pouvoir se redresser. « Tu as dû mettre un joli magot à gauche, reprit le cheval. On pourrait aller vers le Bord. Qu’est-ce que t’en penses ? Bien au chaud. Se trouver un coin bien au chaud près d’une plage quelque part, qu’est-ce que tu en dis ?

— Pas de magot, fit Cohen. Tout dépensé. Tout bu. Distribué. Perdu.

— Tu aurais dû en mettre de côté pour tes vieux jours.

— Jamais pensé que j’aurais de vieux jours.

— Un de ces quatre tu vas mourir, dit le cheval. C’est peut-être aujourd’hui.

— Je sais. Pourquoi je suis ici, d’après toi ? »

Le cheval se retourna et baissa le regard vers la gorge. La route était crevassée et grêlée de nids-de-poule. Des arbrisseaux poussaient entre les pierres. La forêt se pressait de chaque côté. Dans quelques années, nul ne saurait plus qu’une route passait par ici. Vu son état, nul ne le savait déjà plus.

« Tu es venu ici pour mourir ?

— Non. Mais y a un truc que j’ai toujours eu envie de faire. Depuis tout gamin.

— Ouais ? »

Cohen tenta tout doucement de se redresser. Ses tendons vibrèrent et transmirent leurs messages ardents à ses jambes.

« Mon père… » couina-t-il. Il se ressaisit. « Mon père, reprit-il, m’a dit… » Il respirait à grand-peine. « Mon fils, souffla obligeamment le cheval.

— Quoi ?

— Mon fils, répéta le cheval. Un père appelle toujours son garçon « mon fils » au moment de lui transmettre de sages conseils. C’est bien connu.

— C’est moi qui raconte, dis donc.

— Pardon.

— Il a dit… Mon fils… oui, d’accord… Mon fils, quand on vient à bout d’un troll en combat singulier, on peut tout faire. »

Le cheval le dévisagea en clignant des yeux. Puis il se tourna et observa encore à travers la route envahie d’arbres la gorge sombre en dessous. Il y avait un pont de pierre en contrebas.



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